dimanche 11 mars 2018

Introduction





Le Chant du bienheureux





La Bhagavad-Gîtâ, ou « chant du bienheureux* » est un texte qui aurait été écrit entre le cinquième et le deuxième siècle avant notre ère. Selon certaines traditions indiennes « Vaishhnava » ce texte serait vieux de cinq milles ans. Il est considéré comme un parfait résumé de la doctrine védique.

* Bienheureux signifie éveillé, comme l'était Bouddha.


Les hindouistes le revendiquent comme un de leurs principaux textes. Il fait partie d'un plus grand livre, le « Mahabharata » qui décrit la grande guerre des Bhàrata, descendants de l'empereur Bharat, ancêtres des indiens d'aujourd'hui.


Le Mahabharata n'est pas un livre saint, même s'il est considéré comme tel par les hindouistes. C'est une épopée historique. Ce qu'il a de « saint », c'est la Bhagavad-Gîtâ or il se trouve que la Bhagavad-Gîtâ ne faisait pas partie, à l'origine, du Mahabharata.


Le chant du bienheureux est un écrit transmettant l'enseignement spirituel fondamental d'un éveillé, d'où son nom de « chant du bienheureux », comme sri Gautama (le Bouddha historique) l'était, et comme beaucoup d'autres l'ont été aussi, comme Lao-Tse, Guru Nanak et d'autres plus ou moins connus.


L'éveillé qui a inspiré ce texte est complètement inconnu. La version habituelle de la Bhagavad-Gîtâ, destinée à incorporer cet enseignement à l'hindouisme, donne pour inspirateur de ce livre et de cet enseignement un certain Krishna, dont on publie la généalogie, et d'un certain Arjuna, prince guerrier et disciple. Ce livre serait un épisode de la guerre décrite par le Mahabharata.


Mais Krishna n'est pas un nom propre, c'est un nom commun signifiant le sombre, ou le noir. Les Aryens, nouveaux venus dans le sous-continent indien, de peau claire, donnaient ce surnom, dans leur langue, le sanskrit, à toutes les personnes originaires de l'Inde, qui avaient la peau sombre. Il y eu des milliers de Krishnas, hommes et femmes dans les écris des aryens, les Védas.


Ce chant du bienheureux que vous pouvez lire ici est le livre originel, débarrassé des ajouts hindouistes et des personnages du Mahabharata, comme Krishna, Arjuna et toute sa famille. A l'origine la Bhagavad-Gîtâ a 18 chapitres. Il en a été retiré deux qui n'avaient absolument rien à voir avec l'enseignement spirituel originel, comme le chapitre un, qui raconte la mise en place de la bataille et les états d'âme d'Arjuna et le chapitre 11 qui ne fait que décrire le panthéon hindouiste pour dire que Krishna est supérieur à tous ces dieux et dévas. C'est pourquoi le chant du bienheureux n'a que seize chapitres.



La numérotation des versets est double : d'une part elle est la numérotation propre au « chant du bienheureux » (selon La Voie), d'autre part chaque verset a (entre parenthèse) la numérotation de la Bhagavad-Gîtâ « classique ». Exemple : 1.1 (2:11/12/13). 
La numérotation des versets est changé aussi : certains versets on volontairement été ignorés, quand ils n'étaient que des dialogues-charnières ajoutés ultérieurement par ceux qui ont réécrit le livre original afin de le faire entrer dans le Mahabharata hindouiste.




Sommaire

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Chapitre 1






Commencement de l'enseignement



1.1 (2:11 à 13 numérotation de la Bhagavad-Gîtâ classique)

Le premie* ne pleure ni les vivants ni les morts**.

Après la mort, l’âme prend un nouveau corps, aussi naturellement qu’elle est passée de l’enfance à la jeunesse, puis à la vieillesse. Ce changement ne trouble pas celui qui a conscience de sa nature spirituelle.

* Amoureux de Dieu, initié à la vraie voie.
** On parle ici du détachement. Le vivant que l'on pleure pas est celui qui vous a quitté, le mort, on sait de quoi il s'agit.


1.2 (2:14 à 16)

Éphémères, les joies et les peines, comme les étés et les hivers qui vont et viennent. Elles ne sont dues qu’à la rencontre des sens avec la matière et il te faut apprendre à ne pas en être affecté.

Celui que n’affectent ni les joies ni les peines, qui en toutes circonstances demeure serein et résolu, celui-là connaîtra le Royaume. Après avoir compris la nature des joies et des peines, les premie ont conclu à l’éternité de la Vérité et à l’impermanence de l’illusion.


1.3 (2:17 à 19)

Ce qui occupe le corps tout entier ne peut être anéanti*. Nul ne peut détruire l’âme.

Elle est indestructible, éternelle, seuls les corps matériels qu’elle emprunte sont sujets à la destruction.

Ignorant est celui qui croit que l'âme peut tuer ou être tuée, le sage, lui, sait qu'elle ne tue ni ne meurt.

* Il est ici question de l'âme qui, pour l'auteur du « chant du bienheureux » (attribué à Krishna) est contenue dans le corps tout entier et qui même « déborde » un peu, ce qui expliquerait l'aura.


1.4 (2:20 à 22)

L’âme n'est limitée ni par la naissance ni par la mort. Immortelle, éternelle, elle n’aura jamais de fin. Elle ne meurt pas avec le corps.

Après la mort l’âme revêt un corps nouveau, l’ancien devenu inutile, de même qu’on se défait de vêtements usés pour en revêtir de neufs.


1.5 (2:23/24)

Aucune arme ne peut prendre l’âme, ni le feu la brûler ; l’eau ne peut la mouiller, ni le vent la dessécher.

L’âme est indivisible et insoluble ; le feu ne l’atteint pas, elle ne peut être brûlée. Il est dit de l’âme qu’elle est indivisible et immuable.


1.6 (2:27 à 30)

La mort est certaine pour ce qui naît, et certaine la naissance pour ce qui meurt.

Toutes choses créées sont, à l’origine, non manifestées ; elles se manifestent dans leur état éphémère et, une fois dissoutes, se retrouvent non manifestées.

Certains voient l’âme et c’est pour eux une étonnante merveille. D'autres ne font qu'en parler et, d'autres encore en entendent parler, il en est, cependant, qui même après en avoir entendu parler ne peuvent y croire.

L'Esprit qui siège dans le corps est éternel, il ne peut jamais être tué.


1.7 (2:39 à 41)

Après avoir reçue la connaissance de la nature réelle de l'âme, le premie peut maîtriser le mental, ce qui lui permet de connaître le détachement du fruit de ses actes ; c'est-à-dire agir sans être lié à ses actes. Quand cette compréhension le guide, le premie ne goûte plus aux fruits de ses actes mais aux délices de l'harmonie, de sa Grâce.

À qui marche sur La Voie, aucun effort n’est vain, nul bienfait acquis n’est jamais perdu ; le moindre pas le libère de la plus redoutable crainte. Qui marche sur La Voie, résolu dans son effort, poursuit un unique but, rester dans l'harmonie, par contre, la compréhension de celui à qui manque cette constance se perd en maints sentiers obliques.


1.8 (2:42/43)

L’homme peu averti s’attache au langage fleuri des livres saints et savants qui enseignent diverses pratiques pour atteindre les délices de paradis théoriques, pour renaître en des incarnations plus favorables et y gagner la puissance et d’autres bienfaits. Enflammé de désir pour les joies d’une vie opulente, il est aveugle à la Vérité.


1.9 (2:44 à 46)

Tant que tu n'es attiré que par les plaisirs matériels, tant que des joies éphémères te plongent dans la confusion, il t'est impossible d'atteindre l'extase, la béatitude sans limites.

Libère-toi de ta nature primaire*, de tes désirs et reste dans la pleine conscience de L'Unité.

Comme la source remplace avantageusement le puits, celui qui connaît la cause de l'illusion du monde profite des plaisirs du monde sans s'y perdre.

* Les trois gunas.


1.10 (2:47 à 50)

Tu dois assumer tes devoirs sans chercher à les fuir, mais ne le fais pas pour jouir du fruit de tes actes. Ne crois jamais être à l'origine des conséquences de tes actes.

Reste fermement libéré des fluctuations du mental. Fais ton devoir, sans être lié ni par le succès ni par l’échec, c'est ta liberté.

Libère-toi des conséquences par le Service; absorbe-toi en L'Un. Avares sont ceux qui aspirent aux fruits de leurs actes.

Le Service peut, dans cette vie, libérer qui s’y engage des suites de l’action, bonnes ou mauvaises. Efforce-toi d'agir en renonçant aux fruits de tes actes.


1.11 (2:51 à 53)

Absorbé dans le Service, le premie a son refuge dans L'Unité et, renonçant en ce monde aux fruits de ses actes, il s’affranchit du cycle des morts et des renaissances, libre de toute souffrance.

Quand ton esprit aura traversé le mur de l'illusion, tout ce que tu as entendu, tout ce que pourrais encore entendre, te sera indifférent.

Quand ta conscience ne se laissera plus distraire par les connaissances vaines des livres saints, quand elle sera entièrement tournée vers la Réalisation spirituelle, alors tu seras et resteras dans L'Unité. 


1.12 (2:55/56)

Quand un homme s'affranchit des désirs, quand il trouve la satisfaction dans L'Unité, c'est qu'il connaît sa véritable nature.

Celui que ni la souffrance ni les joie d'ici bas ne touchent plus, qu'ont quitté l'attachement, la crainte et la colère, celui-là est un premie réalisé*.

* Un premie (amoureux de Dieu) est un pratiquant de La Voie dont la pratique occupe toute son existence. Un premie réalisé est un premie qui a atteint la Réalisation, qui est du lever au coucher conscient de Saint-Nom ou dans la pratique de la technique du même nom.


1.13 (2:57 à 60)

Celui qui, libre de tout lien, ne se réjouit pas plus dans le bonheur qu’il ne s’afflige dans le malheur, celui-là est fermement établi dans la Connaissance*.

Celui qui peut détacher ses sens des objets du désir, celui-là possède la vraie Connaissance.

Éloignée des sollicitations des sens, l'âme incarnée leur est encore attachée. Mais qu'elle retrouve L'Unité et les désirs se calmeront.

Forts et impétueux sont les sens ; ils captivent même le mental du sage qui veut les maîtriser**.

* La Connaissance non-apprise, celle qui vient du contact répété avec la Vérité, avec la Lumière-intérieure pat la pratique assidue des trois piliers de La Voie et l'Observance de son agya (ses valeurs).
** Il est ici question de la méditation, il est hors de question de vivre au quotidien en libérant ses sens des objets, du monde, de la matérialité.


1.14 (2:61 à 64)

Qui restreint ses sens et s’absorbe dans L'Unité montre une conscience sûre.

En contemplant les objets des sens, l'homme s'attache; d'où naît la convoitise et de la convoitise, la colère.

La colère mène à l'illusion, l'illusion à l'égarement de la mémoire, alors la conscience s'éteint et l'homme se perd dans la vie du monde.

Celui qui maîtrise ses sens, en observant les principes régulant les effets du mental* ; et ainsi s'en libère, celui-là reçoit du Seigneur sa Grâce et se voit ainsi libéré de tout attachement comme de toute aversion.

* Les principes régulant les effets du mental sont, pour La Voie, l'agya. Pour le Yogasûtra il s'agit des « angas ».


1.15 (2:65 à 68)

La souffrance* n'existe plus pour celui qui est touché par la Grâce. Devenu serein sa conscience ne tarde pas à s'éclaircir.

L'âme confuse on ne peut maîtriser le mental, ni approfondir sa conscience. Comment, alors, connaître la paix et goûter au bonheur ?

Comme un vent violent balaie, sur l'eau, une barque, il suffit que l'un des sens entraîne le mental pour que la conscience se perde.

Celui qui détourne ses sens de leurs objets possède une intelligence sûre.

* La souffrance mentale. Une rage de dents est une rage de dents !


1.16. (2 :69/70)

Ce qui est nuit pour tous les êtres devient, pour l’homme qui a maîtrisé les sens, le temps de l’éveil ; ce qui, pour tous, est le temps de l’éveil, est la nuit pour le premie restant dans L'Unité*.

Seul celui qui reste ferme dans le flot des désirs, comme la mer reste immuable malgré les mille fleuves qui s'y jettent, trouvera la paix mais certainement pas celui qui cherche à satisfaire ses désirs.

* Pour la majorité des gens, ces gens qui ne maîtrise ni leurs sens ni leur mental, ce qui est vrai devient faux, ce qui est faux devient vrai, ce qui est ténèbres devient lumineux et ce qui est lumière devient ténèbres tant ils sont confus, aveuglés. Mais, au contraire, celui qui maîtrise ses sens et son mental voir la Lumière dans ce que les autres considèrent comme les ténèbres et les ténèbres, dans ce que les autres considèrent comme la lumière.


1.17 (2:71/72)

Celui que les plaisirs matériels n’attirent plus, qui n’est plus esclave de ses désirs, qui a rejeté tout esprit de possession et qui s’est libéré du faux-ego, peut seul connaître la paix parfaite.

Celui qui, au moment de sa mort, retrouve le chemin de L'Unité, celui là entrera au Royaume.




Chapitre 2







Le Service et les devoirs de l'être humain



2.1 (3:3 à 6 numérotation de la Bhagavad-Gîtâ classique)

Deux sortes d'hommes réalisent la Vérité Absolue. Certains l'approchent au moyen de la pratique, ou de la réflexion philosophique, d'autres en agissant dans le Service*.

Ce n'est pas simplement en s'abstenant d'agir que l'on peut se libérer du fruit de nos actes; le détachement seul ne suffit pas pour atteindre L'Unité parfaite.

Inéluctablement, l'homme se voit contraint d'agir sous l'influence de sa nature et ne peut demeurer inactif, même pour un instant.

Celui qui est chaste et sobre en action, mais dont le mental s'attache encore aux objets perçus par les sens est un ignorant se berçant d'illusions.

* Dans le Tao-te-King on parle de « non-agir », c'est un des trois piliers de la pratique avec la méditation et le Satsang, ou partage-inspiré.


2.2 (3:7 à 9)

Celui qui discipline ses sens en maîtrisant son mental, et qui, sans attachements, reste dans le Service est proche de L'Unité parfaite. Il convient de s'offrir, en action, à L'Unité pour ne pas que les actes nous enchaînent au monde matériel.

Remplis ton devoir en restant dans le Service et à jamais tu seras libéré des chaînes de la matière.


2.3 (3:10 à 13)

Le Créateur de tous les êtres peupla l'univers et recommanda aux hommes la dédication*. Il les bénit en disant : « Que cette grande Observance vous apporte le bonheur et répande sur vous tous les bienfaits désirables ».

A cause de cette Observance la Grâce satisfera aux besoins des hommes leur amenant la prospérité.

Mais la Grâce s'obtient en se donnant. Les premie** sont libérés de la confusion parce qu'ils ne mangent que de la nourriture consacrée***. Ceux qui ne se nourrissent que des mets qu'ils ont préparés pour eux seuls ne se nourrissent que de leur ignorance.

* Fait de se dévouer au Seigneur, d'offrir ses actes, son existence : se dédier.
** Mot sanskrit signifiant « amoureux de Dieu » et désignant les pratiquants dévots.
*** Soit du prashad (nourriture offerte sur l'autel) ou préparée en « état-de-Service ».


2.4 (3:14 à 19)

Le corps de tout être subsiste grâce aux aliments dont les pluies permettent la croissance et les pluies coulent de la Grâce, la Grâce découle de la dédication, de l'Observance des hommes qui s'acquittent des devoirs qui leur sont prescrits.

Les devoirs prescrits sont donnés à travers la Connaissance et la Connaissance est directement issue de L'Un. C'est ainsi que la conscience de sa présence se trouve dans l'accomplissement de ses devoirs et l'Observance.

Celui qui n'accomplit pas son devoir et n'observe pas les prescriptions** de La Voie, vit certainement dans l'erreur, car celui qui se complaît dans les seuls plaisirs des sens existe en vain.

Cependant, pour le premie, le devoir assumé n'offre de satisfaction que s'il l'a été dans le Service*.

Celui qui a réalisé son identité spirituelle est désintéressé. Ce que l'on pense de ses actes ne lui importe pas.

Ainsi, l'homme doit agir par sens du devoir, détaché du fruit de ses actes, car par l'acte libre d'attachements, il atteint l'Absolu. 

* Le non-agir du Tao-Te-King. Le Service est un des trois piliers de la pratique de La Voie.
** L'agya.

2.5 (3:25/26)

En accomplissant son devoir l'ignorant s'attache aux fruits de son labeur ; l'homme éclairé agit, lui aussi, mais sans attachements, dans le seul but de rester sur La Voie juste.

Que le sage ne trouble pas les ignorants attachés aux fruits de leurs actes. Ils ne doivent pas être encouragés à l'inaction, mais plutôt à imprégner chacun de leurs actes d'amour et de dédication. 


2.6 (3 :27 à 29)

Sous l'influence de la nature humaine*, la conscience égarée par le faux-ego croit être l'auteur de ses actes, alors qu'en réalité, ils sont accomplis par la nature.

Celui qui connaît la nature de la Vérité Absolue ne se préoccupe pas des sens et de leurs plaisirs, car il sait la différence entre l'acte intéressé et l'acte fait dans le détachement et la dédication.

Dérouté par sa nature, l'ignorant s'absorbe dans des activités matérielles auxquelles il s'attache. Mais bien que, par la pauvreté du savoir de leur auteur, ces actions soient d'ordre inférieur, le sage ne doit pas troubler celui qui les accomplit.

* Les trois gunas.


2.7 (3:30 à 32)

Aussi, agis toujours en consacrant touts tes actes au Créateur, absorbant tes pensées en Lui, libre de toute indolence et de toute motivation égocentrique.

Celui qui remplit son devoir selon ces instructions et qui suit cet enseignement avec foi, sans désirs, celui-là se libère des chaînes des conséquences.

Ceux qui, parce qu'ils sont envieux, négligent de toujours appliquer cet enseignement sont illusionnés, privés de la Connaissance, voués à l'ignorance et à la servitude.


2.8 (3:33 à 35)

Même le premie agit selon sa nature propre, car il est fait comme tout le monde. À quoi bon refouler sa nature ?

Les hommes ne doivent se laisser dominer ni par les sens, ni par leurs objets, car ils sont un obstacle à la réalisation spirituelle.

Mieux vaut s'acquitter de son devoir propre, fût-ce de manière imparfaite, que d'assumer celui d'un autre, même pour l'accomplir parfaitement.


2.9 (3:37 à 40)

Ce qui pousse l'homme dans l'erreur, comme s'il y était contraint, c'est la concupiscence seule, née au contact de la passion, puis changée en colère qui constitue l'ennemi dévastateur du monde et sa perte.

Comme la fumée masque le feu, la poussière le miroir, la matrice entoure l'embryon, les désirs; aveuglant sa conscience, recouvrent l'être.

La conscience pure de l'être est voilée par son ennemi éternel, la concupiscence, insatiable et brûlante comme le feu.

C'est dans les sens, le mental et l'intelligence qu'elle se loge, cette concupiscence qui égare l'être en étouffant son savoir véritable*.

* La Connaissance non-apprise.


2.10 (3:41 à 43)

Lutte contre la concupiscence, origine de l'erreur, en maîtrisant tes sens. Écrase, ce destructeur de conscience, ennemi de la réalisation.

Les sens prévalent sur la matière inerte, mais supérieur aux sens est le mental, et la conscience surpasse le mental. Encore plus élevé que la conscience est l'âme. 

Te sachant ainsi au-delà des sens, du mental et de la conscience matérielle, maîtrise ta nature inférieure par la Connaissance spirituelle.



Chapitre 3







La Connaissance-approche de la Vérité ultime



3.1 (4:2 numérotation de la Bhagavad-Gîtâ classique)

La Connaissance suprême a été donnée il y a bien longtemps aux premiers rois éveillés, les rois éveillés l'ont donnée à leur peuple, ce savoir suprême est transmis de maître à disciple, voilà comment les rois éveillés l'ont reçu et réalisé.

Mais au fil du temps la succession des maîtres, souvent disputée, a fait que cette science, en son état de pureté originelle, a été très souvent perdue donnant ainsi naissance à de vains savoirs théoriques. Cette science très ancienne, en son état originel, est toujours enseignée à ceux qui ont soif d'elle plus que de tout autre savoir.


3.2 (4:6/7)

Les maîtres parlent au nom du non-né. L'esprit du maître-parfait demeure la voix du non-né, il parle au nom du Seigneur de tous les êtres. Dans l'enseignement des vrais maîtres, L'Un reste toujours présent pour ceux qui le veulent.

Chaque fois qu'en quelque endroit une âme plongée dans l'ignorance a soif de lumière et de la Connaissance, le maître est là pour l'éclairer.


3.3 (4:8 à 11)

Le maître apparaît d'âge en âge afin de délivrer ses dévots, d'anéantir les ténèbres dans l'esprit des ignorants et de rétablir les principes de la spiritualité.

Celui qui connaît l'absolu n'aura plus à renaître dans l'univers matériel ; quittant son corps, il entrera au Royaume éternel.

Libres de toute attache, affranchis de la peur et de la colère, complètement absorbés dans L'Unité, en Lui, cherchant refuge, nombreux ont été ceux qui devinrent purifiés en ayant la Connaissance et tous développèrent ainsi un pur amour pour Lui.

Tous suivent La Voie, comme ils peuvent et selon qu'ils s'abandonnent ils reçoivent en proportion. 


3.4 (4:12 à 15)

L'homme aspire aux fruits de ses actes, c'est pourquoi il adore les possessions. L'homme, ici-bas, recueille rapidement les fruits de son labeur.

L'action n'affecte pas le premie qui va sur La Voie et reste dans L'Unité, il ne désire pas le fruit de ses actes. Qui connaît la vertu de L'Unité ne s'empêtre pas dans les filets des conséquences.

Par la force de cette Connaissance ont agi toutes les grandes âmes des temps passés, et ainsi ont-elles atteint la Libération. Marche donc sur les traces des anciens et remplis ton devoir dans cette conscience de L'Unité.


3.5 (4:16 à 19)

Même l'homme intelligent devient perplexe quand il s'agit de déterminer ce que sont l'action et le Service.

La nature du Service est fort complexe, difficile à comprendre ; il faut donc bien distinguer l'action légitime, l'action condamnable et le Service.

Celui qui voit le Service dans l'action et l'action dans le Service, celui-là se distingue par son intelligence, et bien qu'engagé dans toutes sortes d'actes, il reste au niveau spirituel.

Celui qui, dans l'action, s'est affranchi de tout désir de jouissance matérielle, peut être considéré comme solidement établi dans la Connaissance. De lui, les premie affirment que le feu de la Connaissance parfaite a réduit en cendres les conséquences de ses actes.


3.6 (4:20 à 22)

Totalement détaché du fruit de ses actes, toujours satisfait et autonome, celui qui est affranchi du fruit de ses actes n'est plus tenu par le plan matériel bien qu'il semble y agir continuellement.

L'homme ainsi éclairé maîtrise parfaitement son mental et son intelligence; il renonce à tout sentiment de possession et n'agit que pour subvenir à ses stricts besoin vitaux. Ainsi, ni les erreurs ni les conséquences des erreurs ne l'atteignent.

Celui qui, affranchi de la qualité et de l'envie, voit d'un même œil l'échec et la réussite, satisfait de ce qui lui vient naturellement, celui-là, bien qu'il agisse, ne s'enlise jamais dans la confusion et la souffrance.


3.7 (4:23/24)

Les actes de celui qui, persévérant dans la Connaissance et ne subissant pas l'influence de sa nature*, sont purement spirituels, accomplis pour le seul regard de L'Un.

L'homme absorbé par la vertu de L'Unité est du Royaume. Ses actes sont Service et participent de l'absolue Vérité.

* Les trois gunas.


3.8 (4:25 à 27)

Certains rendent aux dévas un culte parfait par diverses dédications et d'autres se dédient à la Lumière du Suprême.

Certains occultent leur sens de l'ouïe et les autres sens dans la Lumière du mental maîtrisé.

Ceux qui désirent atteindre la réalisation spirituelle, par la maîtrise des sens et du mental, soumettent, à la Lumière les activités de tous leurs sens et leur souffle vital*. 

*Ici il est question de fermer ses sens afin qu'ils ne soient plus troublés par le dehors. En maîtrisant les fluctuations du mental, par cette méditation, ils peuvent lâcher-prise dans la Lumière-intérieure. C'est ce passage qu'illustrent les trois singes de la sagesse. Dans le Tao-Te-King il est question de la même chose : « Celui qui connaît le Tao ferme sa bouche, ses oreilles et ses yeux*, il reste dans le non-agir, il se dégage de tous liens » Tao-Te-King 2:56. Le souffle-vital rappelle la « vertu de L'Unité » (Saint-Nom).


3.9 (4:28/29)

D'autres, éclairés par le sacrifice de leurs biens matériels et par de grandes austérités, font des vœux stricts et adoptent des pratiques strictes. D'autres encore étudient dans des livres pour acquérir le savoir absolu.

Certains, également, recherchent l'exaltation dans la maîtrise des fonctions respiratoires : ils s'exercent à fondre le souffle expiré dans le souffle inspiré, puis l'inverse ; ils parviennent ainsi à suspendre toute respiration. Certains encore, restreignant leur nourriture, pensent atteindre l'extase.


3.10 (4:30 à 32)

Parmi eux seuls ceux qui connaissent le but de la pratique sont libérés des chaînes des conséquences; ayant goûté au nectar ils atteignent les sphères suprêmes de l'éternité.

Sans cette pratique assidue on ne peut vivre un véritable bonheur en ce monde.

Ces diverses ascèses sont prescrites par La Voie et conçues pour être possibles à travers touts les actes quotidiens, sachant cela, tu atteindras la Libération. 


3.11 (4:33 à 35)

Supérieur au détachement de ses biens matériels est celui de ses connaissances, car en dernier lieu le Service trouve sa justification dans La Connaissance absolue.

Cherche à connaître la vérité en approchant un maître spirituel ; enquiers-toi d'elle auprès de lui avec humilité et en le servant. L'âme réalisée peut te révéler la Connaissance, car elle a vu la vérité.

Lorsque ainsi tu la connaîtras, tu comprendras que tous les êtres font partie intégrante du Tout, qu'ils vivent en Lui et Lui appartiennent. 


3.12 (4:36 à 39)

Quand bien même tu serais le plus ignorant, une fois embarqué sur le vaisseau de La Connaissance, tu franchiras l'océan de la souffrance.

Semblable au feu ardent qui change le bois en cendres, la Lumière de La Connaissance réduit en cendres toutes les conséquences des actes matériels.

Rien, en ce monde n'est aussi pur et sublime que La Connaissance absolue. Fruit mûr de la juste ascèse, celui qui la possède trouve en lui-même la joie.

Le disciple assidu, baigné dans La Connaissance absolue, et maître de ses sens, connaît bientôt la béatitude.


3.13 (4:40/41)

Les ignorants qui doutent de La Connaissance, ne peuvent devenir conscients de L'Unité suprême.

Celui dont La Connaissance a déraciné les doutes et qui, ayant renoncé aux fruits de ses actes, s'est établi fermement dans la conscience de son moi réel, celui-là demeure libre des chaînes de l'action. 



Introduction

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